Actualité
4 janvier 2017
Episode de pollution
Evaluation de la qualité de l’air

Fin de l’épisode de pollution dans le bassin grenoblois : rappel de la situation

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Les niveaux de particules fines ont été élevés de fin novembre 2016 à début janvier 2017 dans le bassin grenoblois. En cause notamment, les émissions du trafic routier et du chauffage au bois non performant, associées à des conditions atmosphériques favorisant l’accumulation des polluants. Après une accalmie relative fin décembre, la qualité de l’air s’est dégradée sensiblement en début d’année, justifiant une nouvelle activation du dispositif de gestion des épisodes pollués le 1er janvier. Dès le 3 janvier, une baisse notable des taux de particules était enregistrée et le dispositif de gestion des épisodes pollués était levé.

Retour sur les caractéristiques de cet épisode, son origine, les « nouvelles » actions du bassin grenoblois, ainsi que sur les comportements à adopter lors d’une telle situation.

Situation et évolution

Les niveaux de particules en suspension ont commencé à augmenter progressivement à partir du 28 novembre dans le bassin grenoblois. A partir du 6 décembre la qualité de l’air a oscillée entre « médiocre » et « mauvaise » justifiant l’activation du dispositif de gestion des épisodes pollués pendant plus de 10 jours consécutifs. Au cours de cet épisode, la concentration journalière moyenne en situation de fond urbain (en dehors de l’influence directe d’un axe routier) est restée comprise entre 30 et 64 µg/m3 selon les endroits et les jours. Les particules en suspension s’accumulent dans les fonds de vallée où leur concentration est en général assez homogène, le cœur de l’agglomération grenobloise et les zones de proximité routière tendent à être sensiblement plus exposées.

Après une accalmie relative fin décembre, la qualité de l’air s’est dégradée sensiblement en ce début d’année, justifiant une nouvelle activation du dispositif de gestion des épisodes pollués le 1er janvier. Mais cette dégradation n’était que temporaire, une levée complète du dispositif de gestion des épisodes de pollution a été opérée le 4 janvier sur l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Un renforcement du vent a en effet permis de réduire considérablement les taux de particules.

Un bilan complet de l'épisode est en cours d'établissement et sera diffusé prochainement.

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Une situation exceptionnelle dans le bassin grenoblois ?

  • Un épisode de pollution particulièrement long. L’épisode de pollution en cours est remarquable par sa durée, en effet il dure depuis plus de trois semaines et pourrait encore se prolonger. Le dernier épisode d’une durée équivalente (14 jours consécutifs) remonte à décembre 2013.

  • Un épisode de pollution d’une intensité qui n’est pas exceptionnelle. Les niveaux de particules en suspension enregistrés dans le bassin grenoblois ont dépassé les critères d’activation du dispositif préfectoral de gestion des épisodes pollués à partir du 6 décembre et des actions de protection des populations, notamment les plus sensibles, ont été mises en oeuvre . Toutefois, il convient de mettre en perspective la situation actuelle sur la base de l’analyse des épisodes précédents et des niveaux de particules qui affectent actuellement d’autres zones de la région. Par exemple, lors des épisodes de pollution aux particules de mars 2015 ou décembre 2013 les niveaux de particules ont été notablement plus élevés (supérieures à 80 µg/m3 en fond en 2015). Autre exemple, au cours de l’épisode qui affecte actuellement la région, les concentrations journalières moyennes de particules PM10 dans d'autres territoires ont pu être jusqu’à 20% plus élevées que dans le bassin grenoblois.

Les causes de cet épisode et les leviers d’actions

L’épisode de ce mois de décembre 2016/début janvier 2017 est un épisode « hivernal » assez typique. Les niveaux élevés de particules en suspension sont causés par la conjonction de deux phénomènes :

  1. fortes émissions liées essentiellement au chauffage au bois individuel non performant et au trafic routier ;

  2. grande stabilité des masses d’air (anticyclone) qui favorise l’accumulation des polluants dans les basses couches de l’atmosphère. 

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Les transports routiers et le chauffage au bois individuel non performant constituent donc les principaux leviers d’amélioration de la qualité de l’air dans le bassin grenoblois. Dans la mesure où les particules sont transportées, la réduction des niveaux de fond impose de réduire les émissions sur de vastes territoires. Le trafic routier, outre sa contribution à la pollution de fond, est responsable de la « surexposition » des populations résidant à proximité immédiate des grandes voiries.  En savoir plus : "L'épisode de pollution aux particules prend de l'ampleur"

Un dispositif de gestion des épisodes pollués renforcé dans le bassin grenoblois

Depuis novembre 2016, le bassin grenoblois s’est doté d’un dispositif de lutte contre les épisodes de pollution renforcé. En Rhône-Alpes, la gestion des épisodes pollués est encadrée par un arrêté inter-préfectoral adopté en décembre 2014 qui prévoit des actions temporaires dans les secteurs industriel, résidentiel, transports routiers et agricole. Dans le bassin grenoblois, ce dispositif a été renforcé depuis novembre 2016 par la mise en place d’actions supplémentaires concernant le trafic routier. Ce dispositif complémentaire est le fruit d’un vaste travail partenarial. Ces dispositifs visent à réduire la durée et l’intensité des épisodes pollués. Des actions complémentaires aux dispositions de l’arrêté inter-préfectoral existent également dans d’autres zones, notamment  en Savoie et Haute-Savoie, dans les vallées alpines (Arve, Maurienne-Tarentaise), les Pays de Savoie (agglomérations Annecy et Chambéry) et le bassin lyonnais. 

Le dispositif inter-préfectoral adopté en décembre 2014 : le socle de la gestion des épisodes pollués en Rhône-Alpes. 

Le dispositif inter-préfectoral est gradué en 2 niveaux : le niveau « d’information et de recommandations » et le niveau « d'alerte » (3 sous niveaux N1, N2 et N3). Des actions contraignantes de réduction des émissions de polluants sont mises en œuvre par les Préfets à partir du niveau d’alerte N1. Les actions portent sur l’ensemble des secteurs émetteurs : industriel, résidentiel, trafic routier, et agricole.

Les critères d’activation du dispositif inter-préfectoral :
Le dispositif inter préfectoral est activé puis évolue en fonction de l’analyse quotidienne de la qualité de l’air prévue pour le jour même et pour le lendemain ainsi que de la durée de l’épisode. Cette gestion est réalisée sur 17 zones distinctes en Rhône-Alpes (dont la zone Bassin grenoblois). Quatre polluants sont pris en compte (dioxyde d’azote, ozone, particules PM10, dioxyde de soufre) et des seuils « d’information et de recommandations » et « d’alerte » sont définis pour chacun d’eux. 
L’analyse du dépassement de seuil est réalisée sur la base des cartes de pollution de fond modélisées au quotidien, plutôt que sur des données ponctuelles recueillies sur des stations de mesure. Cela permet de mieux caractériser la zone impactée et le nombre d’habitants touchés par l’épisode de pollution. Ainsi, le seuil d’information ou d’alerte est considéré comme dépassé si une surface d’au moins 25 km2 dans le bassin est concernée par un dépassement de seuils ou si au moins 10 % de la population du bassin est concernée par un dépassement de seuil. L’activation au niveau « alerte N1 » peut être réalisée en cas de franchissement du seuil d’alerte (rare dans le bassin grenoblois) ou en cas de persistance d’un épisode pollué. En savoir plus : Dispositif préfectoral 

Un dispositif spécifique au bassin grenoblois qui renforce les actions concernant le trafic routier en cas d’épisode pollué

Ce dispositif, spécifique au bassin grenoblois, est entré en vigueur en novembre 2016 (Arrêté préfectoral 09/12/2016). Il complète et renforce les dispositions existantes encadrées par l'arrêté inter-préfectoral concernant le trafic routier. Il combine des actions ambitieuses de restriction de la circulation routière et d’accompagnement à l’échelle de l’ensemble du bassin grenoblois. Il s’agit d’une première en France, notamment parce qu’il intègre des actions de restriction d’accès aux véhicules les plus polluants sur la base des certificats de qualité de l’air et pourrait donc préfigurer un mode gestion généralisable à d’autres territoires.  Le dispositif est gradué en trois niveaux selon la durée de l’épisode. En savoir plus Un dispositif partenarial pour agir contre les épisodes de pollution dans le bassin grenoblois. 

Les actions mises en œuvre au cours de l’épisode en cours dans le bassin grenoblois

En application des arrêtés préfectoraux encadrant le dispositif inter-préfectoral et le dispositif local spécifique au bassin grenoblois, des actions concernant l’ensemble des secteurs émetteurs ont été mises en place.

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Eléments sur l’efficacité des principales actions mises en œuvre : une forte efficacité théorique qui ne peut être atteinte que par un engagement de la part de tous.

Les deux principaux leviers de réduction des émissions de particules en suspension sont bien ciblés par les dispositifs de gestion des épisodes pollués : le chauffage au bois individuel non performant et le trafic routier. 

- Concernant le chauffage au bois individuel non performant, l’arrêté inter-préfectoral prévoit, au niveau d’alerte N1, «l’interdiction de l’utilisation des foyers ouverts d’appoint, les appareils de chauffage au bois d’appoint de type inserts, poêles, chaudières installées avant 2000». L’efficacité théorique de cette interdiction est très forte compte tenu de la contribution du chauffage au bois non performant dans la pollution aux particules fines. Si l’adaptation de l’usage du chauffage au bois au cours des épisodes de pollution aux particules est nécessaire, il convient de souligner l’importance de modifier de manière durable la pratique du chauffage au bois afin de concilier sur le long terme chauffage au bois et bonne qualité de l’air. En outre, l’arrêté inter-préfectoral rappelle l’interdiction permanente de brûler des déchets verts et prévoit des actions de réduction des émissions industrielles.

- Concernant le trafic routier, les actions de réduction des émissions permettent de réduire le niveau de fond de particules et a un effet de réduction spécifique de l’exposition des populations résidant en bordure immédiate des voiries. L’action de limitation de vitesse à 70 km/h permettent un gain théorique d’environ 8% des émissions du trafic routier sur les axes où elle est mise en œuvre. La restriction d’accès en fonction des certificats de qualité de l’air (CQA) permet de cibler spécifiquement les véhicules les plus polluants. Les véhicules « non classés » représentent environ  8% des émissions de particules des transports routiers, les véhicules « non classés » + CQA5 + CQA4 représentent près de 40% des émissions du trafic. Ainsi, ces mesures de restriction, notamment parce qu’elles sont applicables sur un périmètre important, sont de nature à atténuer sensiblement l’intensité d’un épisode de pollution.

Les actions prévues ciblent effectivement les principaux leviers d’amélioration de la qualité de l’air (chauffage au bois non performant et trafic routier) et ont une forte efficacité théorique. Toutefois, leur efficacité réelle dépend bien entendu de la capacité de chacun à adapter effectivement ses comportements. 

 

Rappel des recommandations sanitaires en cas d'épisode pollué 

Cartes de sensibilisation Air & Santé

Populations vulnérables ou sensibles :

  • Évitez les déplacements sur les grands axes routiers et à leurs abords, aux périodes de pointe (7h-10h / 17h-20h) ; 

  • Évitez les activités physiques et sportives intenses (dont les compétitions), autant en plein air qu’à l’intérieur ; 

  • Reportez les activités qui demandent le plus d’effort ; 

  • En cas de gêne respiratoire ou cardiaque (par exemple : essoufflement, sifflements, palpitations) : - Prenez conseil auprès de votre pharmacien ou de votre médecin ; - Prenez conseil auprès de votre médecin pour savoir si votre traitement médical doit être adapté le cas échéant ; - Privilégiez des sorties plus brèves et celles qui demandent le moins d’effort. 

Population générale : 

  • Réduisez les activités physiques et sportives intenses (dont les compétitions) ; 

  • En cas de gêne respiratoire ou cardiaque (par exemple : essoufflement, sifflements, palpitations), prenez conseil auprès de votre pharmacien ou de votre médecin. 

Pour en savoir plus : Air et santé un outil pour mieux agir et se protéger

 

Un enjeu sanitaire de réduction de l’exposition chronique

L’atténuation des « pics de pollution » est importante pour réduire les impacts sanitaires à court terme. Au-delà des actions sur les pics, il est essentiel dans une perspective d’amélioration de la santé publique de réduire le niveau d’exposition chronique des populations à la pollution atmosphérique (réf Santé Publique France 2016) (link is external). Cela implique d’agir de manière durable et à grande échelle sur la diminution des émissions de polluants atmosphériques des transports routiers, du chauffage au bois individuel non performant et du secteur industriel. Il convient de noter que des actions pérennes d’amélioration de la qualité de l’air sont engagées dans le bassin grenoblois telles que la Prime Air Bois qui cible le chauffage au bois individuel non performant ou le plan d’actions de la Métropole Grenobloise « Métropole respirable en 5 ans » qui cible les principaux leviers actionnables d’amélioration de la qualité de l’air.